Un budget bling bling

Voici une petite analyse du budget voté par la majorité municipal du 17 décembre dernier. Vous constaterez que la situation budgétaire de notre cité est à cent lieues du discours convenu sur la crise et l’étranglement financier des collectivités territoriales. Contrairement à d’autres collectivités, en effet, la ville d’Orléans est riche. Très riche. Et elle l’est d’autant plus qu’elle fait moins pour les plus pauvres!

Pour comprendre les enjeux du dispositif, nous procéderons d’abord à une analyse globale des grands équilibres, puis à un  examen plus ciblé de 3 grands secteurs de l’action municipale.

1)   Une lecture global des éléments budgétaire fait d’abord apparaître un grand écart entre :

  • Un contexte économique et social catastrophique
  • Un contexte financier plutôt bon pour la ville :
    • On observe, certes, une baisse des dotations de l’Etat (comme partout)
    • Mais on relève surtout un grand dynamisme de la ressource fiscale : en augmentation de 2,7% par rapport au produit notifié en 2010 : la taxe d’habitation +  les taxes foncières représentent 73 millions d’euros. Le total inscrit en impôts et taxes est de 109 372 178 en 2011 contre 106 749 778 en 2010 soit une augmentation de 2,45%
    • L’augmentation générale des tarifs de 1,6% voulue par la majorité
    • Une forte participation financière de l’agglo qui représente un apport de ressources considérables aux projets urbains (par exemple, le fonds de concours de plus de 10 millions d’euros sur les 20 que va couter la trémie Jaurès)
    • Les taux d’intérêts  sont historiquement bas (le taux moyen d’emprunt contracté par la ville n’est que de 2,98%), ce qui atténue d’autant la pression financière.

Tout cela permet une augmentation importante du budget : + 3,3% sur le budget de fonctionnement ; + 16% sur le budget d’investissement.

Au total, la ville d’Orléans n’est pas dans la pénurie mais dans l’abondance. Elle n’est pas soumise à de fortes contraintes budgétaires. Dans un tel contexte, la baisse de 5% du montant des subventions allouées aux associations est franchement scandaleuse : elle n’est justifiée par aucun motif d’ordre financier.

2)   D’autre part, la structure générale du budget fait apparaître:

  • La pesanteur des charges de personnel, malgré le non renouvellement de 28 contrats de non titulaires
  • La croissance de l’investissement, essentiellement absorbée par deux secteurs :
    • la voirie : 9 083 000 euros soit près de 16% des inscriptions en dépenses d’équipement
    • les opérations d’aménagement urbain, dont plusieurs sont très contestées par les Orléanais : 27 731 006 soit 48,1% (6,6 millions sur les Carmes, 2,3 millions sur Jaurès, 500 000 euros sur l’inutile parking du cheval rouge, 2, 7 millions pour l’absurde projet Aréna, soit 12,1 millions)
    • la dérive pharaonique du mandat, avec une course en avant vers de grands projets.  Cette politique est toujours plus dispendieuse, mais toujours moins au service des Orléanais en souffrance.

Il ne s’agit donc pas d’un budget de précaution, de « bon père de famille » qui épargne pour la crise, mais d’un budget de flambe, d’un budget « bling bling » focalisé sur les grosses opérations d’investissement.

3) Analyse sectorielle:

a)    Le secteur éducation :

  • Le budget de fonctionnement est en légère augmentation (effet GVT)
  • L’investissement en baisse : 2, 69 millions contre 3,1 millions en 2010. Le fait d’intégrer le projet Dupanloup dans la présentation du budget éducation constitue un faux semblant, destiné à masquer la baisse de l’investissement, car ce projet ne relève pas de l’action scolaire mais de l’enseignement supérieur : il sort donc des compétences classiques de la commune
  • Points noirs :
    • Baisse des moyens alloués aux écoles (fournitures scolaires : -11,6% ; classes de découverte : -4,7% : 400 000 euros seulement. Transports scolaires
    • Baisse des taux d’encadrement par non renouvellement de contrats chez les non titulaires:
      • - 15 animateurs de vie scolaire (191 à 176)
      • - 11 ASEM (39 à 28)
      • En revanche, toujours dans les emplois non titulaires, on note l’apparition d’un conseiller pour les affaires réservées au maire, d’un conseiller spécial chargé du rayonnement, d’un attaché de presse en plus, d’un chargé de communication en plus et d’un charge d’évènements en plus.

b)   Le secteur social : C’est sans doute là où la situation est la plus choquante, avec le magnifique tour de passe-passe réalisé par Michel Martin et la notion inédite de Budget primitif révisé (réservé au seul budget social), pour faire croire que la subvention allouée au CCAS est en augmentation. La comparaison ne peut se faire que de Budget primitif (BP) à Budget primitif :

  1. En 2010 : le BP prévoyait 9 080 000 euros pour le social, dont 8 497 000 pour le CCAS
  2. En 2011 le BP prévoit 8 974 000 euros pour le social (soit une baisse de 1,2%) dont 8 336 000 euros pour le CCAS (baisse de 2%)
  3. Non seulement le secteur social n’est pas sanctuarisé, contrairement aux affirmations de la majorité, mais il est en baisse. C’est au moment où les plus fragiles ont le plus besoin d’aides, qu’on les leur réduit.

 

c) Le secteur culturel : maintien des 200 000 euros pour l’acquisition de nouveaux ouvrages : qu’Orléans consacre désormais moins de 2 euros par habitant à l’enrichissement de ses collections imprimées (hors périodiques), audiovisuelles et patrimoniales. C’est bien chiche pour une ville qui prétend rayonner dans le monde entier. Et c’est très inférieur à la moyenne des efforts consentis en ce domaine par des villes de la taille de celle d’Orléans, comme en témoignent les statistiques éditées par la direction du livre au sein du ministère de la culture. Ainsi, pour ce qui concerne l’accès à la culture pour tous, non seulement notre ville ne progresse pas, mais elle régresse, et elle régresse gravement.

Très concrètement, par delà la sécheresse de ces indicateurs financiers, si l’on considère qu’un document (tous supports confondus) coûte en moyenne 20 euros, cette amputation de 100 000 euros représente près de 5000 livres, CD, DVD qui ne pourront être achetés pour les Orléanais cette année. 5000 livres, CD, DVD qui ne seront pas mis à la disposition de tous dans le réseau de nos bibliothèques publiques. Quel sera, également, l’impact de ces coupes sombres dans l’accroissement de nos collections patrimoniales ? Les bibliothèques d’Orléans seront-elles encore en mesure d’enrichir notre fonds de documents rares et précieux qui attire chaque année des centaines de chercheurs ?

L’argument de la numérisation = un faux argument car des sommes de l’État sont allouées pour réaliser cette opération. La numérisation ne doit donc pas venir en substitution à l’achat d’ouvrages, mais en appui. Elle doit se traduire par un enrichissement des collections et par une amélioration de leur mise à disposition, non par leur appauvrissement.

Donc je résume : plus pour les grands travaux, moins pour l’éducation, le social et la culture. Un budget bling bling on vous dit!