Une bonne nouvelle pour Orléans : La rue des Carmes est sauvée!

Aurélie Filippetti, Ministre de la culture, vient officiellement d’ordonner l’instance de classement monument historique de tous les immeubles de la rue des Carmes menacés de destruction.

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Cette mesure, tout à fait exceptionnelle par son ampleur, répond à la situation d’urgence créée par la mairie d’Orléans elle-même. Profitant des mois d’été, Serge Grouard avait en effet choisi de déposer en catimini les permis de démolir visant les bâtiments historiques de la rue des Carmes, alors même que plusieurs propriétaires se refusent toujours à vendre leurs biens et que certains logements sont encore occupés !

Ce nouveau coup de force n’était, il est vrai que la dernière manifestation en date d’une volonté de bétonner à tout prix, qui avait déjà conduit le maire d’Orléans à franchir plusieurs fois la ligne jaune de l’illégalité : en violant le règlement de protection patrimoniale qu’il avait lui même signé (l’alignement de la rue des Carmes est en effet contraire à la lettre et à l’esprit de la ZPPAUP de la ville d’Orléans), en usant de ses prérogatives de député pour modifier la loi et réduire le pouvoir des architectes des bâtiments de France, en faisant organiser une seconde enquête publique sur son projet d’alignement alors que la première lui avait donné tort, en ignorant délibérément l’avis favorable au classement monument historique des deux immeubles du 45 et du 59 rue des Carmes, etc. La liste n’est que trop longue des manquements à la mesure républicaine, des illégalités et des abus de pouvoir commis par le maire d’Orléans tout au long de ce dossier.

Quant à la déclaration d’utilité publique prise par le préfet de région, elle a été adoptée en faisant fi de l’avis de classement rendu par la commission compétente. Circonstance troublante, elle a été signée en pleine période de réserve, à quelques jours des élections. Il s’agit là d’un hasard de calendrier, sans doute, mais c’est un hasard heureux pour le maire d’Orléans, et surtout un hasard qui trahit l’urgence et la précipitation. La déclaration d’utilité publique préfectorale, très contestable sur le fond et la forme faisait d’ailleurs l’objet d’un recours devant le tribunal administratif. Elle devient aujourd’hui caduque. A l’égard du préfet, la décision de la ministre sonne aussi comme un désaveu.

Rappelons en outre que, lors des consultations obligatoires organisées dans le cadre des enquêtes publiques, une large majorité de citoyens (plus des 2/3) s’était prononcée contre le funeste projet du maire d’Orléans. Le choix d’alignement défendu par Serge Grouard était donc non seulement illégal, mais irrespectueux de la consultation démocratique des habitants.

La situation était telle que de nombreuses associations de défense du patrimoine, présentes dans toute la France, et peu suspectes de sympathies politiques, s’étaient émues des mauvais coups portés par la mairie d’Orléans contre une rue historique de notre centre ville.

ImageLa décision de la ministre vient opportunément souligner la valeur du patrimoine de notre cité, tout en rappelant les règles d’un État de droit dont nul ne peut s’affranchir, même le maire d’Orléans.

Elle a enfin pour vertu de ramener le débat sur les bases solides qui auraient dû être les siennes depuis le début : celles d’un projet urbain respectueux de la ville et de ses habitants. C’est la raison pour laquelle l’opposition municipale se réjouit vivement de l’instance de classement qui vient d’être ordonnée. Il est à souhaiter que les mois qui viennent soient mis à profit pour que la ville revoie sa copie dans la sérénité, en tenant compte de la valeur patrimoniale de la rue des Carmes, et en y déployant un programme de valorisation analogue à celui qui a été mis en œuvre dans le secteur Bourgogne.

Les habitants et les commerçants de la rue des Carmes ont beaucoup souffert. Ils ont subi un chantier du tram très dur et très long. Beaucoup ont dû quitter leur logement, vendre leur boutique, souvent contre leur gré, parce qu’on ne leur laissait pas d’autre choix. Certains étaient encore en instance d’expulsion. D’autres ont eu le sentiment que leur rue était stigmatisée, qu’elle avait « mauvaise réputation », et qu’ils étaient des citoyens de seconde zone. Tous ont vécu dans l’incertitude, n’osant faire des projets à moyen ou long terme pour leur cadre de vie quotidien. C’est vers eux que vont mes pensées en ce jour de victoire. Ils l’ont tant attendue cette bonne nouvelle ! Ils vont, enfin, pouvoir se remettre à espérer. Ils vont, enfin, pouvoir vivre en paix rue des Carmes ! Cette victoire est la leur. C’est à leur courage, à leur mobilisation, à leur enthousiasme obstiné qu’ils la doivent. Comptons maintenant sur leur intelligence et leur amour de notre ville pour proposer un nouveau et beau projet pour la rue des Carmes. Notre rue des Carmes !


8 thoughts on “Une bonne nouvelle pour Orléans : La rue des Carmes est sauvée!

  • Xavier Bernard

    Super, on va pouvoir faire classer près de la moitié des maisons d’Orléans ! Mais je me demande pourquoi on n’avait pas classé l’hôtel particulier détruit sous le mandat de Monsieur Sueur pour bâtir cette vérue qu’est aujourdhui la médiathèque !

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    • CLT Post author

      Xavier, vous l’avez compris, la décision de la ministre répond à une urgence extrême, à un péril imminent. Le maire d’Orleans a choisi de déposer ses permis de démolir au cœur de l’été. Alors même que la mairie n’a pas encore pu racheter tous les logements concernés et que certains sont encore occupés. Dans ces conditions, qui abuse de son pouvoir? Qui précipite les choses? Qui crée l’urgence?
      Une situation exceptionnelle requiert une réponse exceptionnelle. La décision de la ministre est donc appropriée aux circonstances. au demeurant, il est fort triste qu’il faille en arriver là pour faire entendre raison à un élu qui a oublié toute mesure, et tout sens de l’humilité.
      Donc, soyez rassuré, on ne va pas mettre Orléans sous cloche!
      Quant à l’hôtel particulier détruit pour construire la médiathèque, je déplore aussi sa disparition, même si je trouve la médiathèque épatante.

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  • Dadavidov (@dadavidov)

    Ouf, tout est bien qui fini bien… Mais ce qui m’interpelle dans votre histoire, c’est qu’une fois élu une majorité municipale a pratiquement tous les pouvoirs pour réaliser leurs projets (les bons comme les pires). Et pour le deuxième cas, le plus souvent pas annoncé pendant les élections, seule une mobilisation citoyenne arrive quelque fois quand elle a réussi à médiatiser son action à faire capoter le projet… mais pas toujours ! Bonne continuation, et profiter bien du patrimoine…

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  • Pingback: Procédure de classement des Bâtiments de la Rue des Carmes | Rue des carmes

  • RABIER Philippe

    Bravo à toutes celles et ceux qui se sont mobilisés dès le début pour la préservation du patrimoine architectural d’Orléans. Une fois rénovées ces façades participeront à l’identité et à la mémoire d’une ville qui en manque encore! Et tant pis si M. Grouard doit entendre raison. c’est aussi cela la démocratie!!
    Philippe RABIER

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  • Gizmo

    Bravo Corinne, et bravo à tous les soutiens de cette cause… A dire vrai, je ne mesure pas tous les enjeux, mais si la Ministre de la Culture s’est prononcée, c’est sûrement sur des fondements sérieux…
    Gizmo, ex-propriétaire au 74 rue des Carmes.

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  • Oliver

    Bah moi je trouve qu’elle est, en plus d’être mal famée, très moche cette rue… Et pourtant je suis un Orléanais pur souche… Le patrimoine architectural de la rue des carmes… Pfff ça me laisse rêveur là…ok pour les expropriations, ça c’est moche ; pour le reste…

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  • conservateur...

    Il va de soi que la Médiathèque n’est pas une verrue : son architecture est de bonne facture. .. et vaut largement l’horrible immeuble de 20 étages qui brise la perspective ( au fait qui était le maire lors de sa construction : pas M. Sueur…

    quant à la rue des Carmes il convient de rappeler qu’elle fait partie de ce qui reste de la trame urbaine médiévale et qu’à ce titre elle mérite d’être protégée d’une manière ou d’une autre. Ah si les Alliés en 1944 avaient fait leur travail de destruction jusqu’au bout… Maintenant attendons la suite juridique !

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